Tomber malade

Tomber malade

Je me suis reprise une centaine de fois pour décrire ce que « tomber malade » signifie pour moi. Je peux parler de la science, des données, des faits et des symptômes. Je peux vous dire que je souffre d’anxiété, de dépression, de troubles panique, de trouble obsessif-compulsif et d’agoraphobie. Je peux me mettre à nu et vous montrer les cicatrices d’un cœur brisé et de rêves perdus. Je peux vous raconter des histoires d’horreur et des échecs, des moments de faiblesse et de honte. Mais ce qui m’importe, ce que j’espère, c’est de réussir à vous faire comprendre ce que c’est que de « survivre » un peu mieux. De trouver ce moment lorsque vous savez que vous allez triompher. Déjà, je ne croyais pas que c’était possible. Puis, j’ai appris à accepter le destin, à comprendre qu’il existe un meilleur moyen, une nouvelle voie.

Je me rappelle lorsque j’étais plus jeune, je croyais que tout m’était donné. J’avais une famille formidable, des amis et j’allais jouer pour l’équipe du Canada. Tout était simple. Je passais mes journées à jouer au hockey de ruelle, je participais à des tournois chaque fin de semaine, et entre temps, je pratiquais autant de sports que je pouvais dans mes temps libres. Mais le hockey a toujours été ma passion.

Lorsque j’étais en secondaire 5, ma mère s’est portée candidate comme députée provinciale dans notre région et a été élue sous la bannière du Parti conservateur. J’ai vite appris ce que cela représentait d’être la fille d’une politicienne dans une petite ville et j’ai décidé que de terminer mes études dans l’anonymat de la grande ville de Toronto était dans mon meilleur intérêt. Cette année a été très marquante pour moi : je suis passée de la ligue des garçons Midget AAA au hockey féminin, j’ai été appelée à jouer pour l’équipe ontarienne des Jeux du Canada, j’ai reçu un brevet de développement pour l’équipe du Canada et j’étais sur le point de terminer mes études secondaires avec des offres de bourses d’études dans plusieurs universités et collèges. La vie était belle, formidable même.

J’ai reçu mon diplôme du Havergal College en 1998. Je jouais dans la ligue canadienne de hockey féminin (appelée à l’époque Ligue nationale de hockey féminin) et rien ne pouvait m’arrêter, ou du moins, c’est ce que je croyais. Des mois plus tard, j’ai eu un accident de voiture et je me suis brisé une vertèbre. S’il y avait un meilleur temps pour me fracturer le dos, c’était à ce moment-là. Je venais tout juste de terminer ma saison de hockey et selon mes thérapeutes, j’avais juste assez de temps pour me remettre en forme avant le prochain camp d’essai pour l’équipe du Canada. Donc, j’ai redoublé mes efforts au-delà de ce que je croyais possible. Il me restait encore un mois avant le camp d’entraînement et j’étais prête; puis d’un seul coup, tout a changé

J’ai commencé à me sentir mal. Je ne savais pas comment l’expliquer au début. Tout a commencé dans ma poitrine, je souffrais d’arythmie cardiaque et mon cœur battait si fort que je croyais qu’il allait éclater. Ma gorge se serrait, j’avais le souffle coupé et il m’était impossible d’avaler. J’avais des douleurs à l’estomac et à la poitrine. Je ressentais des picotements et des engourdissements dans mes bras. J’éprouvais une tension dans la tête et j’avais des étourdissements. Alors j’ai fait ce que toute personne normale ferait à ma place et j’ai consulté mon médecin qui a fait tout ce que bon médecin devait faire; il m’a adressée à cinq autres médecins spécialistes.

J’ai vu un spécialiste pour tout; j’ai subi tous les tests imaginables et tous se sont avérés normaux. Le problème, c’est que je me sentais bien loin d’être normale. Mes essais débutaient dans quelques semaines et je ne me rappelais même plus comment respirer.

Je suis parvenue à me rendre au camp d’essai de Calgary, mais dès la première journée, j’ai réalisé que je ne pouvais pas performer. Je me suis assise avec les entraîneurs de l’équipe du Canada et je leur ai expliqué que je ne savais pas ce qui m’arrivait, mais que j’avais besoin d’aide. Ils m’ont demandé si cela m’aiderait de savoir que j’étais acceptée dans l’équipe — ils voulaient que je joue pour l’équipe du Canada. C’est l’un des moments les plus inoubliables de ma vie, mais j’aimerais pouvoir l’oublier. Ma réponse a été non, je devais quitter; je devais apprendre à vivre autrement.

Cela m’a pris presque cinq ans pour réaliser que je ne connaissais rien au sujet de la maladie mentale et je n’avais aucune idée où aller chercher de l’aide. Tout me semblait futile, je ne voyais aucune « raison » de continuer. C’est à ce moment-là que j’ai su qu’il me restait un choix à faire — je pouvais accepter que tout était perdu, ou je pouvais trouver une solution. Je savais qu’il devait y avoir plus; plus d’aide, plus de ressources, plus de soutien — il me suffisait de savoir comment y avoir accès.

Il m’a fallu beaucoup de temps pour me retrouver sur la voie du rétablissement. Et depuis, je travaille sans relâche. Je prends ma santé mentale au sérieux et j’essaie d’être patiente avec moi même dans les moments de doute. J’ai vécu dans le désespoir pendant trop longtemps et je ne me permettrai jamais d’y retourner.

Je consacre maintenant beaucoup de temps à parler aux jeunes, aux parents, aux enseignants et aux professionnels de mon cheminement et de la façon dont je suis parvenue à trouver la voie vers le rétablissement. La question la plus difficile qui m’est posée est « où puis-je aller pour trouver de l’aide? ». Je suis tellement reconnaissance que nous soyons enfin parvenus à aborder cette question.

Kendra Fisher

/ Santé mentale

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