Il y avait un moyen de sortir de l’obscurité, mais je n’aurais pas pu le trouver toute seule

Il y avait un moyen de sortir de l’obscurité, mais je n’aurais pas pu le trouver toute seule

patricia3484

2015 a marqué ma septième année de rétablissement du trouble de l’alimentation. Au cours de mon adolescence et même dans la vingtaine, la boulimie m’a nui dans tous les aspects de ma vie. N’ayant reçu aucun diagnostic ni de traitement pendant presqu’une dizaine d’années, mon trouble de l’alimentation est devenu incontrôlable en 2006. Après des années d’habitude de me gaver et de me purger, j’ai me suis finalement retrouvée à l’urgence et j’ai eu besoin de chirurgie pour enlever ma vésicule biliaire. C’est le moment où j’ai réalisé que je devais mettre fin à cette autodestruction.

J’ai eu recours à la thérapie, mais malheureusement, je n’étais pas admissible aux services à long terme dans le système public. Le secteur privé de soins de santé n’était également pas une option, car je venais tout juste de terminer mes études et mon budget était limité. La stigmatisation et la difficulté d’admettre ma maladie et d’en parler à mon propre réseau social faisaient aussi obstacle à mon rétablissement, ce qui, en rétrospective, m’a menée vers une bien plus longue voie vers la guérison.

Maintenant que je suis guérie, je m’engage préconiser pour éliminer la stigmatisation qui entoure la maladie mentale. Ayant constaté à quel point les secteurs de soins de santé public et privé étaient inadéquats pour mes besoins, j’estime que je me dois d’aider les autres qui sont au tout début de leur cheminement à recourir à leurs réseaux sociaux sans avoir peur de la stigmatisation liée à la boulimie. En outre, sur le plan personnel, et plusieurs années plus tard, j’ai maintenu mon niveau de soins de santé personnels qui signifie bien plus que simplement éviter les éléments déclencheurs et pratiquer des stratégies d’adaptation. Sans autonomie en matière de santé, mon rétablissement serait compromis. Mais plus important encore, sans m’être impliquée dans ma communauté, le maintien de mon rétablissement serait également compromis.

Il y a trois étés de cela, en cours de rétablissement, j’ai pris la décision de parler publiquement du fait que jusque là, j’avais réussi à maintenir mon niveau de rétablissement de trouble de l’alimentation pendant environ cinq ans. J’ai commencé par écrire un essai sur le sujet qui, par la suite, a été publié par le Canadian magazine Bust. Une chose en a entraîné une autre et par chance, on m’a offert la possibilité d’être une blogueuse invitée pour Surviving Ed publié sur HealthyPlace.com. « Pourquoi pas? » me suis-je dite après avoir vu de quoi il s’agissait, mais j’étais loin de me douter que j’agirais par la suite à titre de coauteur officiel du blogue pendant 18 moins; une expérience des plus cathartiques et des plus marquantes dans mon rétablissement du trouble de l’alimentation.

Le blogue et ma présence sociale active m’ont donné une plateforme pour communiquer avec des personnes à tous les niveaux de maladie et de rétablissement. Être active en ligne dans la communauté de la santé mentale m’a également permis de dialoguer avec des personnes remarquables derrière certains organismes dans l’ensemble du Canada, tels que la NIED, (National Initiative for Eating Disorders) située à Toronto. Plus près de chez moi, dans ma propre collectivité, j’ai commencé à siéger au Conseil du centre de crise Tracom à Montréal qui offre des services psychosociaux d’intervention de crise à des personnes adultes ainsi qu’à leurs proches. J’ai également donné des présentations au sein de ma collectivité et je me suis impliquée dans divers organismes à but non lucratif qui œuvrent pour améliorer la santé mentale et pour éliminer la stigmatisation liée à la maladie mentale en général.

En dehors de ma vie professionnelle très enrichissante, j’ai réalisé que j’avais un rôle à jouer en tant que porte-parole de la santé mentale et fière survivante du trouble de l’alimentation. Je me suis servie de mon expérience personnelle comme un tremplin pour parler ouvertement de la maladie mentale dans le but de mettre fin à la stigmatisation et de favoriser le dialogue. Ma présence étant de plus en plus active, j’ai même été invitée au printemps de 2014 pour témoigner de mon expérience vécue avec la boulimie au Comité permanent de la Chambre des communes sur la condition féminine (FEWO).

Bien que l’histoire et le rétablissement de chaque personne diffèrent, après avoir fait la connaissance de beaucoup de personnes atteintes de maladie mentale, l’élément commun qui est devenu de plus en plus apparent est que la maladie mentale n’est pas rare.

Donc, je termine en disant que, peu importe si vous souffrez personnellement ou non d’une maladie mentale, je vous encourage vivement à amorcer le dialogue dans votre communauté, ou avec votre famille ou un groupe d’amis. Il y a des chances que quelqu’un parmi vos proches éprouve ou a éprouvé des problèmes semblables aux vôtres et que vous soyez en mesure de les aider en leur offrant votre compréhension et votre appui. Il se peut que parfois, on se sente impuissant face à notre maladie et qu’on ne voit peut-être pas de lumière au bout du tunnel, mais le fait même de partager ce point de vue avec un autre être humain peut apporter un immense sentiment de soulagement. C’est ce que le rétablissement signifie pour moi : m’autoriser à extérioriser mes sentiments et à les comprendre avant qu’une vague d’émotions m’envahisse. C’est par ce moyen que je progresse dans le processus de mon rétablissement, avant que ces pensées soient hors de contrôle et que l’autodestruction semble être la seule option pour gérer mes émotions.

Il y avait un moyen de sortir de l’obscurité, mais je n’aurais pas pu le trouver toute seule. #Agissezmaintenant

Patricia Lemoine,

Visages de la Maladie Mentale 2015

/ Santé mentale

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