Éliminer la stigmatisation

Éliminer la stigmatisation

peter3575La stigmatisation est un terme compromettant. Sa résonnance même fait que les personnes touchées sont portées à rester dans l’ombre et à cacher leurs sentiments. Elle réussit à convaincre les personnes qui en sont victimes qu’elles n’ont aucun avenir. J’en ai moi-même fait l’expérience… je suis policier de carrière et je suis en cours de rétablissement d’un traumatisme lié au stress, communément appelé SSPT (symptôme de stress post-traumatique).

En 2011, je travaillais le quart de nuit régulier à Surrey en Colombie Britannique, lorsque j’ai dû poursuivre un suspect en fuite, armé d’un pistolet. Dans la confrontation a suivie, cet homme fut fatalement blessé et ma vie a été changée pour toujours. Cela m’a pris quelque temps pour réaliser à quel point tout avait changé, car je faisais de grands efforts pour dissimuler le malaise que me faisait sentir tout mon entourage, surtout au travail. Pour parler franchement, la raison de mon malaise était la stigmatisation.

En tant que policier, les gens attendent de vous d’être une personne forte, bien informée et capable de faire face à toute éventualité. À qui la société a-t-elle recours dans les plus durs moments? Lorsque la tragédie frappe ou qu’un désastre doit être évité, ou encore lorsque les gens sont simplement effrayés…ils font appel aux policiers. Et tandis que nous gérons tout cela avec bravoure et professionnalisme, de façon quotidienne, la réalité est que les scénarios et la peur que nous devons confronter continuent de nous hanter bien après que la situation soit rétablie. Mais la plupart d’entre nous retournons faire notre prochain quart de travail et n’osons discuter de ce que nous ressentons. Et pourquoi? Parce que nous doutons qu’on nous prenne au sérieux à l’avenir si quelqu’un réalisait que nous sommes simplement des humains et que nous avons des sentiments comme tout le monde. La réalité est que nous ne sommes pas seulement des policiers; nous sommes des parents, des conjoints, des entraîneurs, des bénévoles, des voisins et des amis.

J’ai souffert en silence pendant beaucoup trop longtemps parce que je croyais que si j’osais parler de mes problèmes, je risquais de perdre mon emploi et d’être étiqueté comme « brisé ». Beaucoup de choses m’avaient incité à penser de cette façon. Une partie était liée à ce qui était diffusé dans les médias au sujet du SSPT à cette époque. Il a fallu un autre policier qui avait vécu des expériences semblables pour me dire que chercher de l’aide était la bonne chose à faire avant que je sois prêt à prendre la voie du rétablissement. Une fois que j’ai été prêt, il m’est apparu très clairement que le rétablissement était possible. Donc, en d’autres termes, je n’ai pas perdu mon emploi et je n’ai pas été étiqueté de « brisé », comme la stigmatisation entourant la maladie mentale me l’avait laissé croire. Et une fois sur la voie du rétablissement, je me suis promis de faire changer la façon dont nous abordons le SSPT et les traumatismes liés au stress éprouvés pas les policiers et les secouristes.

J’ai décidé d’agir. J’ai travaillé avec la GRC pour produire une vidéo qui parle de mes expériences avec le traumatisme lié au stress et de quelle façon le rétablissement est possible. J’espérais changer la façon dont les gens comprennent et abordent ces problèmes. Je ne m’imaginais pas à quel point cette conversation prendrait de l’ampleur. Ce geste a provoqué un véritable changement qui se poursuit à l’heure actuelle.

Et je n’aurais pas pu le faire sans le soutien de ma famille, de mes amis et de la GRC. Alors, je suppose que mon message aujourd’hui est le suivant : Éliminer la stigmatisation entourant ce problème commence avec vous. Agissez pour changer la manière dont nous concevons et abordons la maladie mentale. Commencez par parler à un de vos proches qui semble souffrir… Laissez-lui savoir que vous êtes là pour l’aider. Expliquez-lui que c’est normal d’être humain et d’avoir des sentiments. C’est en posant ces petits gestes que nous pouvons, non seulement provoquer un changement, mais éliminer la stigmatisation…ce terme compromettant doit sortir de notre vocabulaire.

 

Peter Neily,

Visage de la Maladie Mentale 2015

/ @fr

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